lafeeriedesmarionnettes

Une histoire sur Guignol

Ce matin Guignol est de bonne humeur, toujours aussi vif et fougueux, le sémillant pantin répÚte une nouvelle scénette en compagnie de la troupe de théùtre de Guignol. Soudain son attention est attirée par la voix tonitruante d'un bonimenteur de foire, celui-ci installé non loin du castelet rameute les chalands afin de présenter les tours de sa puce savante.

IntriguĂ© Guignol dĂ©laisse un instant ses rĂ©pliques et jette un coup d'Ɠil sur ce numĂ©ro insolite, effectivement la bestiole fait des tours, des retours, des contours sous la houlette de son dresseur. La puce lance des regards furtifs autour d'elle, la bĂȘte est au bord du malaise tant elle a faim, elle ne peut se sustenter sur son dompteur, celui ci a promis de la trucider Ă  la moindre tentative d'agression.

Elle regarde avec envie tout ce petit monde qui s'agite sous la tenture d'à cÎté et lit " représentation de théùtre de Guignol" ce n'est pas une fan de théùtre, ce qui l'intéresse en cet instant, c'est de manger et vite, son estomac crie famine,

Son numéro terminé elle saute en trois bonds sur la scÚne voisine.

Par qui va-t-elle commencer ? elle hésite...Allez au hasard se dit elle, elle jette son dévolu sur Gnafron, inspirée par la couleur vermillon du bonhomme.

Une petite piqĂ»re vite et bien fait, la victime n'a rien senti, la puce boit le contenu de l'aiguillon et crachouille aussitĂŽt, Ă©cƓurĂ©e ! qu'est- ce que c'est que ce sang ? mais c'est infecte, ça a un goĂ»t de vin aigre. Vite ! vite! que je me gargarise se lamente la pauvrette. DĂ©pitĂ©e mais toujours aussi affamĂ©e, elle ne renonce pas et aprĂšs rĂ©flexion choisit Madelon, il faut bien changer un peu de crĂ©merie, certes la dame est grasse mais mieux vaut essayer avant de juger. La bestiole pique tout en douceur de nouveau dans l'arriĂšre train de madame .

Pouah...! !berk...! ,ce n 'est guÚre mieux ! un saveur douceùtre de lard mariné à la sueur lui chatouille les narines.

DĂ©couragĂ©e, la puce songe Ă   abandonner, mais oĂč trouver un nouveau repas. Ce n'est pas facile, elle avise alors un guignol toujours aussi frĂ©tillant, le salsifis en action, la puce se mĂ©fie de cette tresse tressautant comme on en trouve sur une vache, une expĂ©rience ancienne l'a traumatisĂ©e. Un jour de dĂšche, n'ayant rien Ă  se mettre sous la dent, elle a eu l'idĂ©e saugrenue de vouloir goĂ»ter une malheureuse gĂ©nisse passant par lĂ , et a failli se faire Ă©craser par le chasse mouche du bovidĂ©.

Allez courage ... On y va !!! se motive la puce en sautant sur un guignol toujours aussi fougueux.

Plaf ... ratĂ©, la puce s'aplatit comme une crĂȘpe sur le sol. Le pantin bondissant, virevoltant entraĂźne la troupe de thĂ©Ăątre de guignol dans une gigue endiablĂ©e. La puce meurt piĂ©tinĂ©e.